Conservation du patrimoine berbère

La conservation du patrimoine architectural et artistique berbère du Maroc. C’est un titre bien long pour un sujet d’étude qui, finalement, attend encore d’être exploité de long en large, et surtout, plus profondément que je n’ai pu le faire. Effectivement, il mériterait qu’on y consacre plusieurs années de sa vie ; pour ma part, je ne m’y suis plongée que pendant quelques mois. Tout reste à faire lorsque l’on se lance dans un sujet portant sur le patrimoine ; cette notion, déjà si vaste, est difficile à traiter tant elle engage de multiples champs d’action. Qu’est-ce que conserver ? Qu’est-ce que le patrimoine ? Avant de répondre à ces questions, je voudrais d’abord vous prévenir que ce que j’écris tout au long de ces billets découle d’une réflexion personnelle dont les recherches scientifiques peuvent être contestées, ainsi que sa structuration. Mes expériences de terrain sont critiquables, ainsi que mes constatations. J’ai simplement ouvert les yeux, recueilli des propos et lu beaucoup de livres ; cela ne veut pas dire que j’ai réussi à cerner le sujet et à avoir une approche scientifique irréprochable. Les études consacrées à l’architecture et à l’art berbère restent peu nombreuses. La mienne, je l’avoue, reste approximative, obsolète, il se peut même que je sois passée à côté de plein de choses. Or, le voyag em’a permis de me former sur le terrain et si j’ai au moins appris une chose sur mon sujet c’est que : l’étendue du travail fait peur. Tout reste à faire, surtout dans un pays où le patrimoine n’est pas perçu de la même manière qu’en France. Dans notre beau pays, la majorité des Français est consciente de l’importance du patrimoine et de sa sauvegarde ; il est avant tout perçu comme l’héritage commun d’un groupe. Je ne veux pas m’appesantir plus en détail sur la définition du patrimoine, qui est complexe et engage une flopée d’interrogations. J’en reparlerai ultérieurement au fil de cette étude. Sachez cependant que je traiterai en priorité du patrimoine architectural des Berbères du Maroc. Les Berbères sont un peuple répandu sur toute l’Afrique du Nord ; toutefois, le Maroc et l’Algérie sont les pays qui en accueillent le plus. L’espace berbère est considérable, très divers au niveau des régions géographiques, mais la culture est différente d’un territoire à un autre, tant sur le plan du mode de vie traditionnelle que sur le plan matériel. La diversité des tribus berbères est intensifiée depuis l’invasion arabe, cependant la littérature et la langue restent un lien prépondérant entre elles. Je n’insiste pas sur l’histoire des Berbères qui reste assez longue et qui, bien que constituée de successions d’invasions et de dominations étrangères, démontre la capacité de ce peuple à survivre à son occupant puisqu’il perdure encore aujourd’hui. Toutefois, je mets l’accent sur le fait qu’il y a encore vingt ans, la langue et la culture berbère n’étaient pas reconnues au Maroc ; ce n’est que le 17 octobre 2001, lors du discours d’Ajdir prononcé par le roi Mohammed VI, que l’identité amazighe est nationalement reconnue. En réalité, si j’ai en partie choisi de travailler sur le sol marocain et sur ses habitants, c’est, car justement les Imazighen ont une influence (certes, discutable, mais ils en ont une) ; de plus, mon choix s’est orienté vers un pays où j’avais déjà posé le pied. Cela pourrait paraître confortable, mais tous mes repères ont été chamboulés ; ce n’est pas la même chose de voyager en famille que de voyager seule, or c’était ce que j’étais : seule. De même qu’en ayant été en contact direct avec l’architecture et les arts berbères il y a quelques années, je savais qu’il y avait des aspects importants de ce sujet à étudier, j’ai donc choisi de poursuivre mes études dans deux disciplines que sont l’histoire de l’art et l’archéologie. Depuis mon entrée à l’université, mes goûts ont changé, mais mon envie d’en connaître plus sur cet art a perduré ; et, justement, mes études m’ont servie… mais pas totalement. Effectivement, l’aspect théorique ayant été acquis sur les bancs de l’université, il était important pour moi de me trouver sur place pour pallier mes lacunes en matière d’organisation et d’analyse de terrain (que l’on obtient que dans la pratique). La question que l’on pourrait me poser maintenant, c’est : en quoi ce voyage d’études m’a-t-il changé ou alors en quoi me fut-il profitable ? Je dirai qu’il m’a permis de surmonter plusieurs difficultés auxquelles doivent faire face des chercheurs professionnels. D’abord, la langue, car je ne maîtrisais que quelques rudiments berbères, ce qui peut s’avérer particulièrement dérangeant dans un village perdu au fin fond du Maroc. Ensuite, je pense que le voyage m’a été profitable dans le sens où j’ai compris que dans les sciences humaines, les barrières entre les disciplines peuvent être franchies et qu’elles sont bien loin d’être imperméables comme j’avais pu le penser auparavant. En effet, je changeais de casquette tous les jours, mon approche étant à la fois celle d’une anthropologue, d’une historienne de l’art, d’une sociologue, d’une historienne ou d’une archéologue, etc. Il faut parfois être diplomate dans les situations les plus délicates, tout en affirmant clairement ses convictions et en défendant sa légitimité et son droit d’accès au savoir. D’ailleurs, quelles furent mes problématiques de recherches ? Le fil conducteur a été la question de la conservation du patrimoine architectural et artistique berbère ; comment se présente-t-elle ? Y en a-t-il une ? Sinon, comment sauvegarder un patrimoine si riche ? Est-ce au moins possible ? Mes questionnements ont varié tout au long de mon voyage, ce qui se reflétera dans cette thématique que j’ai structuré en trois parties. Tout d’abord, je me consacrerai à la partie architecturale des édifices berbères, notamment sur les traditions, les caractéristiques architecturales et la signification des décors. Ensuite, j’aborderai l’aspect éphémère des bâtiments et en quoi ces derniers doivent être sauvés d’urgence. Puis, j’examinerai les différentes manières de conserver et de réhabiliter le patrimoine berbère. Enfin, je voudrais quand même ajouter que je n’ai rien apporté de nouveau aux savoirs déjà existants dans ce domaine ; j’ai surtout renforcé mes propres connaissances et réussis à me former. Deux mois, c’est beaucoup peu pour avoir une approche globale rien que sur un site, alors sur toute une région ! Il faudrait des années ! Mais j’espère avoir ouvert la voie à d’autres passionnés et je les incite à partir admirer cette architecture, car ce n’est pas la même chose de la voir en vrai que dans un livre ou sur internet.