Voyages,  Réalisations diverses

Disparaître

Je disparaissais presque sans laisser de traces. L’une des plus grandes joies du voyage c’est sûrement celle de ne pas avoir l’obligation de donner des nouvelles, de ne pas répondre aux nombreux messages qui pullulent nos réseaux sociaux et d’être complètement déconnectée du monde numérique. Montrer à voir et se montrer sont pour moi les maîtres mots de notre quotidien, faits d’images et d’une réalité trop superficielle et trop idéalisée. Alors j’avais disparu et j’étais injoignable ; cela en toute impunité.

De toute manière, le réseau était mauvais et mon portable vieux de cinq ans ne captait rien du tout. J’étais désespérée…

C’était la panique pour traduire, vérifier des horaires, trouver mon chemin : j’ai donc affectueusement retrouvé le toucher du papier et des cartes. Apprendre à se repérer dans l’espace et à lire des plans devrait faire partie des cours obligatoires à l’école. 

La débrouille et le cran sont véritablement synonymes de survie. La vraie liberté réside autant dans nos mouvements et les efforts effectués pour mener à bien un voyage difficile (que l’on pourrait facilement mettre fin par nous-même), que dans le fait de ne pas donner de nouvelles. Je n’avais de compte à rendre à personne, car, justement, il n’y avait pas une âme qui attendait ma venue. Je pouvais rester plusieurs jours à un endroit, ou au contraire m’en aller où je voulais.

Je pouvais me concentrer sur moi, réfléchir à ma vie et me poser toutes les questions existentielles que j’avais laissé de côté en me plongeant dans mes études. Je ne savais plus vraiment ce que je voulais et ce que j’attendais de mon avenir. Je ne m’étais pas rendue compte, avant de partir, à quel point le voyage m’avait manqué et que je ne croquais pas la vie à pleine dent. J’étais dans un flou émotionnel, intellectuel, spirituel et physique. Du moins, je ne prenais pas trop de risques, m’enfermant dans un confort et un quotidien rassurant, fait d’un train-train ennuyeux et sans feu d’artifice. 

J’ai beaucoup pleuré, mais comme j’étais seule avec moi-même, je m’en fichais un peu. Je disparaissais, me défaisant ou ne faisant plus qu’un avec ma personne et tout l’univers. Je disparaissais

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